Le thème de la paix mobilise à tous les niveaux, étatiques, institutionnels et associatifs dans la société civile mondiale. Pour preuve, l’une des sessions du Forum de Paris sur la Paix ( nov 2026) a investi le questionnement de résilience, face aux violences dans le monde dont les plus fragiles,´et surtout la jeunesse et les femmes sont les premières victimes.

C’est à Rabat que le Forum de Paris sur la Paix a tenu, les 4 et 5 juin, sa Réunion de printemps 2026, organisée en partenariat avec le Groupe OCP et avec le soutien de l’Université Mohammed VI Polytechnique, autour du thème « Transitions résilientes »

Pendant deux jours, responsables politiques, organisations internationales, chercheurs, investisseurs, entreprises et acteurs de la société civile ont échangé sur les conditions permettant aux transitions de résister aux chocs géopolitiques, économiques et climatiques.

Labellisée Présidence française du G7, la Réunion de printemps 2026 s’est inscrite comme une étape clé entre l’Africa Forward Summit de Nairobi et le Sommet du G7 à Évian, avec l’ambition de faire émerger des propositions concrètes issues d’un dialogue Nord-Sud et Sud-Sud. Le programme, aligné sur les priorités du G7, était structuré autour de trois axes : systèmes alimentaires, priorité à l’enfance et minéraux de transition.

La journée du 4 juin a été consacrée à l’approfondissement technique de ces trois priorités, tandis que la journée du 5 juin a permis de consolider les avancées et de porter les messages clés dans une perspective multilatérale et même polylatérale  – intégrant d’autre acteurs que les seuls Etats.

Carrefour entre l’Afrique, l’Europe et le monde arabe, le Maroc a offert un cadre naturel à ces échanges : laboratoire d’innovations en matière d’agriculture durable, de transition énergétique et de coopération régionale, il incarne précisément les enjeux au cœur de la Réunion de printemps.

La Réunion s’est ouverte le 4 juin par un discours de S.E. Leila Benali, ministre de la Transition énergétique et du Développement durable du Royaume du Maroc, qui a rappelé l’importance du thème des transitions résilientes pour le Maroc, l’Afrique et l’agenda international du développement. Elle a notamment déclaré : « Notre conviction, c’est que la résilience à long terme se construit par la coopération, dans le respect, la transparence et la traçabilité. »

Lors de la session d’ouverture du 5 juin, le Forum a également eu l’honneur d’accueillir la première prise de parole officielle de Philippe Lalliot en tant que nouvel ambassadeur de France au Maroc. Il a notamment déclaré : « Nous sommes ici au bon endroit, au bon moment et en bonne compagnie pour réfléchir justement aux voies et moyens par lesquels nous pouvons ensemble nous assurer que ces grands bouleversements, ces transitions, fassent l’objet de solutions concrètes, réalistes et adaptées, pour transformer ainsi nos espoirs et nos ambitions en projets et en actions. »

Les discussions ont tourné autour de trois enjeux structurants : les systèmes alimentaires, notamment à travers le Forum ATLAS MAVA ; l’enfance, au cœur du Cadre prioritaire pour l’enfance porté par le Forum, et les minéraux de transition avec l’impératif de chaînes de valeur plus responsables et plus équitables pour les pays producteurs du Sud global.

L’objectif de résilience peut être atteint par une diversification des sources d’approvisionnement, dont la nécessité est apparue suite au blocage des engrais dans le Détroit d’Ormuz, catastrophique pour l’agriculture africaine, mais aussi la diversification des partenariats dans un monde plus incertain, et un approfondissement des relations entre les pays du continent, tant sur le plan commercial (African Continental Free Trade Area) que sur le plan énergétique et alimentaire. La transformation profonde de l’aide au développement et sa forte baisse apparaissent à cet égard comme une crise utile pour aider à susciter des changements de politique publique en Afrique et faire baisser sa dépendance aux pays du Nord.

Parmi les autres personnalités présentes qui ont contribué activement aux échanges de ces deux jours : Estelle Youssouffa, secrétaire de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, Karim Ben Cheikh, député de la 9e circonscription des Français établis hors de France, Hicham El Habti, président de l’Université Mohammed VI Polytechnique, Hajar Alafifi, CEO d’OCP Africa, Laura Bill, représentante de l’UNICEF au Maroc, Catherine Bonnaud, directrice de l’Agence française de développement au Maroc, Rabiaa Marhouch, éditrice, écrivaine et universitaire, Hajar Azell Chokairi, écrivaine et entrepreneuse culturelle, et Yusra Mardini, nageuse olympique et ambassadrice de bonne volonté du HCR. La Réunion a également réuni des représentants du Groupe de la Banque mondiale, de la Commission européenne, de la BERD, de l’OCDE, du PNUD, d’AGRA, de GAIN et de plusieurs entreprises dont Danone, BCG, Glencore, et le Groupe OCP.

Sur les minéraux de transition, une note stratégique a été lancée lors de la table ronde du 4 juin pour alimenter les travaux de la Présidence française du G7 sur le financement de chaînes de valeur plus durables, équitables et résilientes, dans la continuité des travaux du Groupe de travail convoqué par le Forum. A l’approche du sommet d’Evian, cette note éclaire la manière dont doivent être articulées des approches de financement crédibles avec les attentes des pays producteurs riches en ressources.

Sur les systèmes alimentaires, la deuxième édition de l’ATLAS Investment Barometer a été présentée lors de la session AgriConnect. Ce baromètre annuel du Forum de Paris sur la Paix consacré au suivi des flux de financements publics, privés et de développement vers l’agriculture africaine souligne que l’Afrique ne reçoit aujourd’hui que 3 % des investissements agricoles mondiaux – alors que l’objectif est d’atteindre 10 % d’ici 2030 – et que l’investissement privé recule encore, à hauteur de -2% par an. Investir dans les systèmes alimentaires africains pourrait pourtant contribuer à répondre à 30 à 50 % des écarts mondiaux liés aux Objectifs de développement durable.

Enfin, les échanges autour du Cadre prioritaire pour l’enfance, ont réaffirmé la nécessité de placer l’investissement dans l’enfance au cœur des agendas internationaux et ont fait le point sur les progrès réalisés en vue du sommet du G7 concernant l’Agenda pour l’Enfance. Justin Vaïsse a annoncé, lors du discours de clôture, que cette dynamique trouvera un prolongement naturel lors de la neuvième édition du Forum de Paris sur la Paix, les 10 et 11 novembre 2026, avec l’organisation d’un Sommet pour l’enfance au sein même du Forum.

 

Alors que Rabat est désignée Capitale mondiale du livre 2026 par l’UNESCO, une session dédiée à la circulation des imaginaires auprès des jeunes a exploré le rôle des récits collectifs comme vecteurs d’émancipation et de transformation sociale. Réunissant Hajar Azell Chokairi, écrivaine et entrepreneuse culturelle, et Rabiaa Marhouch, éditrice, écrivaine et universitaire, les échanges ont mis en lumière la manière dont les jeunes peuvent se réapproprier, produire et faire circuler leurs propres récits dans un monde en mutation.

La Réunion de printemps a également accueilli Yusra Mardini, jeune nageuse olympique et ambassadrice de bonne volonté du HCR, dont le témoignage illustre la résilience de toute une génération, et a rappelé avec force que la résilience est aussi une réalité humaine et individuelle. Son appel à « ouvrir les cœurs, ouvrir les portes et ouvrir les yeux » sur la réalité des réfugiés a illustré l’ambition centrale de la Réunion de printemps : faire des transitions résilientes un projet collectif, et juste pour tous.