La liberté religieuse est un droit fondamental de la Déclaration universelle des droits humains. Mais elle est souvent malmenée, parfois réprimée. Toute la mission de protection et de dénonciation des atteintes au droit fondamental de vivre sa foi catholique est dévolue à l’organisation internationale Aide à l’Eglise en Détresse à qui les Rencontres du CCIC ont donné la parole le 9 avril par le témoignage fort de son directeur de l’antenne France Benoît de Blanpré. Il y a toujours une urgence à mettre en lumière les menaces et persécutions vécues aussi par les communautés catholiques dans le monde. Vous trouverez ci-dessous le texte de son intervention.



« Je voudrais tout d’abord commencer cette intervention en souhaitant un bon anniversaire au CCIC !
80 ans c’est un bel âge, vous avez déjà pu accomplir de belles réalisations, et vous avez l’avenir devant vous !
80 ans c’est un bel âge, parce que c’est également celui de l’Aide à l’Eglise en Détresse.
Notre histoire, chers amis, comme la vôtre, a débuté en 1947, au sortir de la guerre atroce qui avait divisé l’Europe et le monde.
Dans ce chaos, un prêtre hollandais, de la Congrégation des Prémontrés, le Père Werenfried, a souhaité mener une action de réconciliation, un simple geste de fraternité entre des peuples divisés par la violence et par la haine.
Il a demandé aux familles de Belgique et des Pays-Bas de tendre la main aux réfugiés, venus d’Allemagne, de Pologne, de Tchécoslovaquie, de Hongrie.
Il a osé leur a demandé de tendre la main aux ennemis d’hier.
Voici quelques extraits de l’article qu’il a rédigé en décembre 1947 et par lequel tout a commencé. Cet article porte un titre qui résonne parfaitement avec l’objet de cette intervention :
« Paix sur la terre ? Plus de place à l’auberge ! »

Voici ce qu’il écrivait :
« Le monde dans lequel nous vivons est une folie. Un monde qui a considéré des siècles durant l’égoïsme sans pitié comme étant la sagesse la plus grande… et qui, à plusieurs reprises, a causé sa propre perte. (…)
La violence et un égoïsme effréné mènent inévitablement à l’effondrement. Nous le savons. Nous l’avons nous-mêmes subis, et nous en supportons aussi nous-mêmes les conséquences. Cependant, comme si nous étions aveugles et fous, nous suivons toujours la même voie. La voie de l’égoïsme. (…)

L’Ecriture sainte contient une phrase tragique : « Il arriva sur Ses propres terres et les Siens ne l’accueillirent pas ». Pas de place pour Lui, parce que les « Siens » manquaient d’amour. C’est ici que se trouve la racine sombre des guerres et des dévastations. Il est le Prince de la paix dont nous avons extrêmement besoin. Laissez-nous donc, au nom de Dieu, ramener l’amour qui ouvre les portes et les coeurs. Parce que nous, les hommes, nous allons ensemble. Tous. Même les Allemands et les Communistes. Même les pauvres hères qui ont froid dans leurs bunkers. Même les réfugiés et les personnes déplacées. Nous devons créer de la place les uns pour les autres et nous aimer les uns les autres. Non pas comme mot d’ordre, mais par l’action.
Tous ceux qui sont pauvres, dans n’importe quel sens du terme, sont le Christ. Donnez donc des paquets de vêtements et de nourriture pour vos frères en Allemagne et ne leur demandez pas de rembourser la dernière livre de charbon. Donnez une chambre de votre appartement aux sans-abris. Réservez une place à votre table pour ceux qui ont faim. Et donnez tout votre amour et toute votre miséricorde, votre pardon et un visage aimable. (…)
Tant que nous n’aurons pas fait cela, notre porte et notre coeur resteront fermés pour le Christ. Il n’y aura alors pas de place pour Lui chez nous ! Toutes les crèches de Noël, les sapins avec les bougies et les étoiles brillantes ne seront pas en mesure de réparer ces erreurs. Laissez-nous donc faire la paix les uns avec les autres, sur les décombres du pays de notre ennemi. Oubliez les vieilles querelles ! Il faut nous donner la main dans la clémence et la bonté. Il faut rétablir l’amour.
»

Ce texte est très puissant, et il aurait pu être écrit aujourd’hui. Le monde, hélas, n’a pas beaucoup changé.

Alors, concrètement, après cet appel, le Père Werenfried s’est rendu de paroisses en paroisses pour demander aux chrétiens de son pays de réserver un petit morceau de lard aux réfugiés. Le projet rencontra un succès immense. Le Père Werenfried fut désormais connu sous le nom de « Père au lard ».
Et à partir de cette intuition, l’action de l’AED s’est déployée alors d’années en années, à l’écoute des besoins du monde, une bonne action en entrainant une autre.
Et l’AED agit désormais au service de l’Eglise en détresse dans 140 pays, sur les cinq continents.

Je ne pense pas que le Père Werenfried aurait pu imaginer cela en lançant son appel en 1947. Et il serait certainement bien étonné de me voir ici, 80 ans plus tard, parler au nom de l’AED.

De cette histoire de la fondation de l’Aide à l’Eglise en Détresse, je voudrais en tirer un premier enseignement pour chacun d’entre nous : la paix commence souvent par un petit pas. Et nous sommes invités à faire ce premier pas, à être les premiers artisans de la paix.
Souvent face aux drames immenses qui accablent le monde, nous sommes découragés et nous ne savons pas comment agir. Il nous parait même impossible de faire quoi que ce soit. Alors nous ne faisons rien et nous n’avançons pas.

Mais, la réponse, c’est celle du premier pas. Il ne faut pas chercher à résoudre les problèmes du monde dans toute leur ampleur et leur complexité, mais simplement répondre à une attente, à une problématique. Et le reste se déploie ensuite par surcroît. Ainsi, si chaque homme de bonne volonté fait un premier pas, tous ensemble nous pouvons avancer loin et faire progresser la paix.

Il en est ainsi des petits morceaux de lard que le fondateur de l’AED a invité à partager, et qui, depuis 80 ans, portent des fruits immenses !

Aujourd’hui l’AED est une oeuvre pontificale internationale, composée de 24 bureaux nationaux comme le bureau français, et dont le Siège est en Allemagne, et le Président international le Cardinal Koch, également Préfet du Dicastère pour la promotion de l’unité des chrétiens.

Notre travail au service de l’Eglise repose sur trois piliers essentiels : l’information, la prière, et l’action.

  • Informer pour faire connaître la détresse et l’espérance des chrétiens dans le monde,
    Nous publions un journal « L’Eglise dans le monde », nous rédigeons des articles pour notre site internet, nous intervenons dans les médias et auprès de certaines institutions. Nous éditons également tous les deux ans un « Rapport sur la liberté religieuse dans le monde ». Je vous en dirai quelques mots tout à l’heure.
    Et nous venons de publier un livre « Témoins de l’Espérance » qui invite les lecteurs à un tour du monde à la rencontre des chrétiens d’aujourd’hui, qui sont les véritables de notre temps.
  • Prier, parce que nous croyons profondément que la prière est agissante, et soutient la foi des chrétiens souffrants,
  • Et enfin agir, en finançant plus de 5000 projets chaque année, dans 140 pays, sur les cinq continents, pour permettre à l’Eglise de réaliser ses missions pastorales et sociales.
    Concrètement, grâce à nos bienfaiteurs, nous finançons la formation de séminaristes et de prêtres, nous apportons des aides de subsistance pour des religieuses, nous contribuons à l’achat de moyens de transport pour aider à l’évangélisation, nous finançons des aides d’urgence pour des familles chrétiennes éprouvées, nous soutenons la construction et la reconstruction de bâtiments d’Eglise, ou enconre nous finançons l’achat d’ouvrages religieux et des projets de déploiement de médias catholique.


Ainsi, par l’information, la prière et l’action, nous disons aux chrétiens en détresse que nous ne les oublions pas.
Un prêtre du Burkina Faso que nous avons accueilli il y a quelques temps dans nos bureaux à Paris nous disait: « Vous n’imaginez pas les merveilles que vous faites pour l’Eglise dans le monde ! ».

Vous m’avez demandé de réfléchir avec vous sur le thème de la religion et de la paix.
Le sujet est à la fois très beau, mais presque provocateur ou redoutable.
La religion est-elle vraiment facteur de paix dans le monde ?…

Si nous interrogions bon nombre de nos contemporains sur le sujet, je pense qu’ils nous diraient plutôt que les religions sont sources de division et parfois de guerre. L’histoire nous l’a montré, et les temps présents le prouvent encore.
Voici quelques faits qui pourraient le démontrer.

  • Aujourd’hui en Inde, les chrétiens et les musulmans discriminés dans certaines régions du pays en raison de leur foi, auraient du mal à affirmer que la religion est source de paix.
    Les lois anti-conversion adoptées dans 12 États, ont créé un climat de peur, incitant aux accusations mensongères et légitimant le harcèlement de la part de groupes hindous radicaux. Ces lois sont encouragées et portées par le parti du Premier Ministre au pouvoir, Narandra Modi, qui met en oeuvre la doctrine nationaliste de l’Hindutva, que l’on peut résumer en une phrase : l’Inde aux seuls Hindous.
    Dans ce cadre, les minorités religieuses sont surveillées, marginalisées, opprimées, lynchées parfois. Et même leurs activités, purement humanitaires ou éducatives, sont suspectées d’être des prétextes à la conversion
  • Ailleurs en Afrique, des millions d’habitants du Nigéria, du Burkina Faso et de nombreux autres pays du Sahel, et qui subissent les attaques incessantes de groupe djihadistes d’une violence inouïe, peuvent-ils penser que la religion est source de paix ?
    Nous recevons chaque semaine à l’AED des nouvelles alarmantes de cette région du monde où l’islam radicale se déchaine et veut imposer son idéologie par la contrainte et par la force.
    Il y a tout juste quelques jours au Nigéria, dans la nuit du 5 au 6 Avril, des djihadistes ont attaqué plusieurs villages au Nord-Ouest du pays, faisant une dizaine de morts.
    Je cite ici les faits les plus récents, mais il n’y a pas une semaine où de tels événements ne se produisent pas.
    Je voudrais appuyer mon propos en vous citant les mots édifiants de l’évêque du diocèse de Wukari, à l’Est du Nigeria : « La Semaine Sainte, pour nous, n’est pas un événement appartenant à l’histoire mais la vie elle-même ; elle s’incarne dans mon peuple. »
    Les pillages, les enlèvements et les meurtres au Sahel démontrent malheureusement que la religion et la paix ne vont pas toujours de pair.
  • Au Moyen-Orient, déchiré par des années de conflits entre les communautés, comment dire aux habitants de Terre Sainte, du Liban, d’Iran ou de Syrie que la religion apporte la paix ?
    Je pense aussi à l’Arménie, ce petit pays cher au coeur de la France, encadré par deux géants redoutables, l’Azerbaïdjan à l’Est et la Turquie à l’Ouest. Je me souviens des propos du président azérie, Ilham Aliyev, qui avait déclaré après l’invasion du Haut-Karabakh il y a quatre ans : « j’avais dit que je chasserais les chrétiens de leurs terres comme des chiens, et je l’ai fait ».
    Quelques années plus tôt, depuis la Turquie, le Président Erdogan, alors maire d’Istanbul avait repris les mots d’un poète nationaliste turque pour présenter son programme : « les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées seront nos casernes et les croyants nos soldats. »

Je pourrais multiplier ainsi les exemples à travers le monde pour démontrer que, bien malheureusement, la religion n’apporte pas toujours la paix.
Nous sommes bien placés à l’AED pour observer cela. Nous recevons chaque jour des nouvelles en provenance des cinq continents qui témoignent de ces difficultés. Et ce sont hélas bien souvent les tensions religieuses qui sont à l’origine des divisions les plus fortes entre les peuples. Le djihadisme et le nationalisme ethnoreligieux que j’ai évoqués au Sahel et en Asie le démontrent.

Alors, dans le contexte que je viens de décrire, comment parler de la religion et la paix ?
Pour cela je voudrais m’appuyer sur des mots d’abord, et sur des faits ensuite.
Et ce seront ceux de l’Eglise catholique, puisque j’en suis l’un de ses enfants et que c’est mon métier de la servir.

L’enseignement de l’Eglise sur la nécessité de la paix entre les peuples est constant.
Vous connaissez bien mieux que moi les textes du magistère et je ne suis pas assez expert en la matière pour développer ce point. Mais je sais que les Papes ont écrit de nombreuses encycliques à ce sujet et sont intervenus sans relâche pour appeler à la paix.
Rien que ces jours-ci, dans le contexte de guerre au Moyen-Orient, le Pape Léon XIV a pris plusieurs fois la parole pour implorer la paix :
Voici notamment ce qu’il disait dans son homélie pour le dimanche des Rameaux :
« Nous regardons Jésus, qui se présente comme le Roi de la paix, alors qu’autour de Lui la guerre se prépare. Lui reste ferme dans la douceur, tandis que les autres s’agitent dans la violence.
En tant que Roi de la paix, Il entre à Jérusalem à dos d’âne, et non à cheval.
Frères et soeurs, voici notre Dieu : Jésus, Roi de la paix. Un Dieu qui refuse la guerre, que personne ne peut invoquer pour justifier la guerre, qui n’écoute pas la prière de ceux qui font la guerre
. »
Ainsi, par sa parole, l’Église ne cesse de rappeler que la paix n’est pas une option pour le monde, mais une nécessité absolue à bâtir et à entretenir.
Mais ces paroles, aussi fortes soient-elles, ne prennent tout leur sens qu’en s’incarnant dans des actions concrètes.
Alors après les mots, je voudrais vous présenter des faits.

L’Eglise, j’en suis convaincu, est l’acteur majeur de la paix dans le monde.
Tout d’abord parce qu’elle est certainement le plus vaste réseau international constitué, présent partout dans le monde, capable à la fois de parler aux dirigeants et de tenir la main aux plus miséreux.

Je vous donne quelques chiffres qui permettent de mesurer la hauteur, la largeur et la profondeur de l’Eglise : 2,5 milliards de chrétiens, dont 1,4 milliards de catholiques, 128 nonces apostoliques, 123 cardinaux, 5.430 évêques, 407.000 prêtres, 51.000 diacres, 49.000 moines, 590.000 religieuses, 106.000 séminaristes. Ces chiffres sont impressionnants, et comme vous le voyez, je n’ai pas relevé ceux de l’Eglise Orthodoxe et des Protestants.
A chaque point du globe, il y a un chrétien !
Cette présence internationale est, à mon sens, unique.
Mais alors, me direz-vous, en quoi est-elle utile à la paix ?

  • Tout d’abord parce que chacun des membres de l’Eglise est chargé de vivre de son enseignement. Or, nous l’avons vu, cet enseignement porte fondamentalement sur le thème de la paix. Nul ne peut suivre le Christ s’il ne fait d’abord la paix avec son frère. Ainsi, les 2 milliards et demi de chrétiens dans le monde sont autant de gardiens et de serviteurs de la paix. Ce chiffre est, à lui seul, porteur d’espoir.
  • Ensuite parce que cette présence universelle de l’Eglise lui permet d’être au plus près des réalités du monde, à l’écoute de ses joies et de ses peines.
    Ainsi, l’Eglise est experte en humanité parce qu’elle est profondément enracinée dans la vie des peuples et qu’elle vit au coeur du monde. Elle en entend les pulsations et peut par son écoute et sa capacité de dialogue, désamorcer les tensions naissantes, alerter sur les crises majeures et aider à les résoudre.
    Un membre du Ministère des Affaires Etrangères me disait qu’il conseillait aux ambassadeurs, pour connaitre les réalités d’un pays, de rendre visite en priorité à l’Eglise locale pour savoir en toute vérité ce qui se passe sur le terrain !

En étant ainsi véritablement universelle, l’Église connait le monde, et peut, partout, y faire briller la petite flamme de la paix ou souffler sur ses braises pour qu’elle ne disparaisse pas.

Je voudrais aussi vous exposer comment l’Église, par ses actions de charité, agit au service de la paix.
Nous sommes les témoins émerveillés à l’AED des milliers d’actions que l’Église met en oeuvre pour répondre aux besoins des populations. Chaque jour les chrétiens mettent leur tenue de service pour soulager les misères du monde. Partout l’Eglise accueille, éduque, soigne, réconforte, nourrit, écoute, réconcilie.
Il y a dans le monde des milliers d’hôpitaux, de dispensaires, de maternité, d’écoles et de collèges, de centres de formation, de lieux d’accueil, de distributions de repas, de centres d’hébergement, et tant d’autres établissements et institutions qui ont été fondés et qui sont gérés par l’Eglise.
L’Église incarne véritablement le service aux autres !
Comme le disait le Pape François, l’Eglise est « un hôpital de campagne » qui guérit toutes les blessures.

Et d’ailleurs, permettez-moi une confidence : je me dis souvent que si l’Église faisait la grève de la charité, le monde s’écroulerait !

En mettant en oeuvre ces actions de charité, l’Eglise manifeste concrètement la dignité de la personne, socle essentiel de la paix. Parce qu’il ne peut y avoir de paix sans dignité humaine.
Lorsqu’un homme est oublié, méprisé, nié, les conditions de la violence sont déjà là.
Mais lorsque l’homme est considéré, respecté, relevé, la paix devient possible.
Ainsi, par sa bonté et ses actions de charité, l’Eglise contribue à bâtir une paix durable qu’elle enracine dans le coeur des hommes.

Mais je voudrais insister sur un point fondamental. Ce qui est unique, c’est que lorsque l’Eglise agit ainsi, en accueillant, en éduquant, en soignant, en réconfortant, en nourrissant, elle le fait au service de tous, sans distinction de race et de religion.
Une religieuse rencontrée en Syrie me le disait en une phrase lumineuse : « pour entrer dans nos écoles et nos hôpitaux, nous ne demandons pas de certificat de baptême, mais nous demandons : de quoi as-tu besoin ? ». Admirable charité de l’Eglise, ouverte à tous !
Je me souviens aussi d’une mission au Liban, au cours de laquelle j’avais demandé à un Imam pourquoi il était si important que l’Église reste dans le pays. Il m’avait répondu : « Si vous partiez, ce sont tous les services que vous rendez, à toute la population, qui disparaitraient. »
Alors en agissant ainsi au service de tous, l’Eglise montre par l’exemple, l’importance de prendre soin de chacun, sans aucune distinction. Elle sert ainsi la justice indispensable à la paix.

Et puis en accueillant dans ses établissements toutes les populations, sans discrimination, elle favorise aussi la rencontre, la compréhension de l’autre, et l’entente. Autant d’éléments essentiels pour bâtir un monde de paix.
Je pense à une mission que j’avais réalisée au Pakistan. Dans ce pays, les chrétiens vivent dans des conditions extrêmement difficiles et pour eux l’accès à l’éducation est un très grand problème. Faute de places dans les écoles publiques, un évêque rencontré à Islamabad m’a raconté qu’il avait créé un réseau d’écoles chrétiennes dans son diocèse, et que désormais plus de 60% des élèves qui suivaient les cours étaient musulmans. Il s’en réjouissait en me disant : « je crois que les enfants chrétiens et musulmans qui s’assoient sur les mêmes bancs et jouent dans une même cour de récréation, seront demain des adultes qui sauront se respecter et vivre ensemble. »

L’Eglise est à tel point considérée comme acteur de la paix, que c’est bien souvent elle qui est appelée pour servir de médiation entre ceux qui ne peuvent plus s’entendre.
Je me souviens avoir accompagné un évêque dans un village au Nigeria qui avait été demandé pour réunir deux communautés musulmanes incapables de se réconcilier. Assis en cercle sur la place du village, l’évêque au centre, il avait pris le temps de faire parler et d’écouter chacun. Je n’ai pas compris ce qui se disait dans une langue étrangère, mais à la fin des deux heures de palabre, j’ai vu les deux chefs du village se serrer la main.

On sait aussi qu’au Rwanda, déchiré par un génocide effroyable, les prêtres et les laïcs ont joué un rôle extraordinaire pour favoriser la réconciliation.

Ainsi l’Eglise, par sa bonté et par sa charité au service de tous, ouvre le chemin de la paix que tous les hommes sont invités à suivre.

Je voudrais enfin terminer en abordant le sujet de la liberté religieuse, qui est un facteur essentiel pour bâtir la paix.
Ce sujet est si important, que notre organisation, qui a pour mission de soutenir l’Eglise souffrante, publie également tous les deux ans, et depuis 25 ans, un Rapport sur la liberté religieuse dans le monde.
Pourquoi ? Parce que la liberté religieuse est le droit humain le plus fondamental, qui touche au plus intime de la personne humaine, et que nul n’a le droit d’empiéter ou de piétiner. Chaque homme doit pouvoir vivre et exprimer librement sa foi, en respectant celle des autres. Et en étant ainsi capable de cette compréhension mutuelle et de se respect commun, la liberté religieuse devient le socle de la paix.
Lorsque la liberté religieuse est empêchée, on observe, malheureusement, que les autres droits humains sont souvent menacés. La liberté religieuse est ainsi un indicateur profond de la santé et de la paix d’une société.

Mais attention ! La liberté religieuse est un bien invisible. Ceux qui en bénéficient, généralement ne s’en rendent pas compte. Récemment, à l’issue de l’une mes interventions dans une paroisse, une participante est venue me voir en me disant qu’elle avait découvert en m’écoutant qu’elle avait de la chance de pouvoir pratiquer librement sa foi ! C’est une chance en effet. Dans l’édition de notre dernier rapport, nous estimons que près de 65% de la population mondiale, soit près de 5,4 milliards de personnes, vivent dans des pays où les violations de la liberté religieuse sont graves ou très graves. Ce sont autant de personnes qui vivent dans des environnements où la paix pleine et entière n’est pas garantie pour tous.

La liberté religieuse est donc précieuse et fragile. Chacun de nous est donc invité à en être le gardien et le défenseur, pour lui-même et pour les autres, et au service de la paix entre les peuples.

Chers amis, notre monde actuel est entrainé dans une grande violence. La guerre semble être redevenue un moyen usuel d’exprimer sa force, sa domination, et ses volontés.
Dans ce contexte, notre réflexion sur la paix est la bienvenue et le travail accomplit par nos organisations est important. Ce travail fait moins de bruit que le fracas des armes, mais il contribue, nous en sommes certains, à bâtir une paix « désarmée et désarmante » selon les mots-mêmes du Pape François.

Je voudrais conclure mon intervention par une dernière histoire.
J’étais au Liban il y a quelques années, dans la plaine de la Bekaa. Sur ma route, par hasard, je suis entré dans un petit monastère. Il y avait dans le cloître une petite religieuse, très âgée, qui tenait un balai dans ses mains. Je ne sais pas qui des deux soutenait l’autre… Je me suis approché d’elle pour entamer la conversation. « Je vois que vous balayez ce joli cloître » lui ai-je dit. Elle m’a regardé en souriant et m’a répondu : « C’est vrai, je balaie. Mais surtout je prie pour la paix dans le monde. »
Chers amis, je suis certain que la prière de cette petite religieuse, dans ce petit cloître silencieux au Liban, porte des fruits de paix immenses pour le monde entier. Elle est témoin de l’Espérance !

Je vous remercie de tout coeur pour votre confiance et votre attention. »

Benoît de Blanpré